La terre des loups chapitre 1 partie 1

                                       La terre des loups.

 

1.      Le protecteur de la Dalaé

 

 

L

a forêt était paisible. Rien ne pouvait troubler son silence. Pas même le souffle du vent dans le feuillage des arbres. C’était la nuit, une nuit glacée, trop muette pour être accueillante. La sylve de Dalaé était connue pour sa froideur et son calme. Nul être sensé n’y pénétrait sous peine de ne plus jamais revoir la lumière du jour. Et pourtant, Il était là. Caché aux yeux des Hommes, cherchant de quoi se nourrir dans le désert de verdure. Il marchait si doucement que ses pas effleuraient tout juste le sol. Il guettait. La solitude lui avait tout appris. Il savait différencier les bonds d’un lapin de ceux d’un lièvre. Il pouvait reconnaître les différents oiseaux par leur chant. Il vivait dans cette étendue boisée depuis tant d’années qu’Il ne la craignait plus. Elle si belle, si sereine et Lui si laid, si féroce. Il avait même réussi à s’allier à elle, l’aidant à tenir éloignés les Hommes trop irrespectueux et brusques pour la préserver. En échange, Dame forêt le laissait chasser en ces lieux.

Il entendit un léger son, Il essaya de distinguer sa provenance. C’était à quelques pas de Lui quatre ou cinq au maximum. Il accéléra la cadence, il fallait qu’Il trouve de quoi se mettre sous la dent. Le bruit de bonds se fit plus proche. Il arqua alors son dos velu et ralentit sa respiration. Il n’avait toujours pas été repéré. Il se figea. Sa proie s’avançait dans sa direction. Il devait se cacher, le contourner afin de mieux le saisir. Il bifurqua sur la droite, ainsi les nombreuses fougères le tiendraient camouflé pendant un moment. Juste assez pour le surprendre par derrière. Les bonds se rapprochèrent petit à petit. Aux aguets dans les arbustes, Il guettait. Son festin se jetait dans la gueule du loup. Il le vit enfin. C’était un lapin, comme Il l’avait deviné, assez gros pour Lui convenir. Il attendit le bon instant. La proie s’arrêta. De ses deux pattes avant, elle frotta plusieurs fois ses longues oreilles. Le chasseur sut que c’était le moment de frapper.

Le mammifère ne vit pas l’ombre qui le contournait. Il ne l’entendit pas non plus se rapprocher par derrière. Mais il sentit des griffes puissantes lui ouvrir l’estomac. Des gerbes de sang jaillirent de toutes parts. Elles tachèrent son poil beige. La petite créature se convulsa en un dernier sursaut avant de succomber. L’éventreur ramassa le cadavre qui baignait dans son sang. D’un pas nonchalant, Il reprit la direction de sa tanière.

Le rituel de dépeçage était sacré pour Lui. Il fallait bien séparer les organes de la chair. Ainsi, Il pouvait en garder pour plus tard. Il enleva la fourrure du lapin et l’enroula autour de son cou velu. La chair fut éparpillée un peu partout dans l’obscure grotte uniquement éclairée par un flambeau. Les organes furent dévorés précipitamment, Il enfonça le cœur de l’animal dans sa gueule. Il avait appris à réfréner sa faim. C’était la seule loi qui régnait entre Lui et la forêt qui protégeait ses espèces. Mais c’était difficile pour Lui car Il devait dominer ses instincts animaux. Plusieurs fois, Il avait failli renoncer à son serment. Juste pour le plaisir de voir une créature à ses genoux. Cela faisait déjà près de dix ans qu’Il vivait ici, et jamais Il ne s’en était plaint.

Laisser un commentaire